dimanche 8 avril 2012

Q-Day


J'ai reçu un message codé du QG dans la nuit. Je l'ai fait transmettre deux fois pour être sûr que le brouillage ennemi n'en avait pas altéré le sens. Hélas :
- 31ème aéroportée dans l'impossibilité de percer - se replie en bon ordre malgré lourdes pertes - débarquement en Irlande annulé - 63ème auverborne dernier espoir national - entière confiance - à vous de jouer - terminé.
Dans la foulée, j'ai reçu une transmission vocodée du général Novès. J'entendais en bruit de fond les bombes qui pleuvaient sur sa position. Il hurlait dans le combiné pour se faire entendre. Je l'imaginais baisser la tête à chaque impact, le casque recouvert de terre :
- Vern, c'est à toi maintenant ! (Explosion) J'espère que les Rosbeefs seront plus faciles que les Scots. (Explosion) Ça m'aurait fait plaisir de te retrouver à Twickenham (Explosion - brouillage - silence puis reprise) Putain ! Que le colonel Beauxis fasse son job et nettoie les positions adverses pour nous couvrir, bon sang ! Excuse moi Vern ! Ça arrose pas mal par ici. Je voulais te souhaiter (Explosion) chance et te donner rendez-vous (brouillage) Paris, (brouillage) juin. Je sais que tu peux le faire ! Bonne guerre ! (Explosion - coupure du signal)
J'allais devoir réussir là où le général Novès venait d'échouer... Je savais également que la division Leinster avait écrasé la trop faible infanterie galloise. Le général Schmidt avait pris date. L'élève défiait à nouveau le maître. Une raison supplémentaire de vaincre...

Nous avons repris notre progression au petit matin. Au fur et à mesure de notre avancée, la citadelle de Vicarage Road s'élevait à l'horizon. Alors que nous étions en phase préparatoire de l'assaut, les éclaireurs revinrent essoufflés, porteur d'une étrange nouvelle :
- C'est incroyable ! Deux mille partisans jaunards ont débarqué hier et montent également à l'assaut. Ils tentent de nous ouvrir le chemin de la forteresse !
La nouvelle fut accueillie avec une clameur de joie dans les rangs. Je pris la parole :
- Messieurs ! En aucun cas nous n'avons le droit de les décevoir ! La victoire ou la honte !
Je lisais la résolution et l'orgueil dans le regard de chacun de mes hommes. Ils étaient conscients et fiers de la gravité de l'instant. Le capitaine des gardes hurla :
- En avant !
Et, sabre au clair, avec son panache blond flottant au vent, il mena la charge.
Les premiers mètres furent rapidement franchis. La résistance était faible. Ils avaient fait le choix de concentrer leurs forces et de nous attendre à l'intérieur. Cela signifiait :
- Politique de la terre brûlée - pas de quartier.
Le renseignement m'avait prévenu qu'ils comptaient abandonner prochainement leur base. Ce serait l'un des derniers combats qu'elle verrait. Dont acte.
Les hommes se ruèrent sauvagement dans la citadelle, entourés des partisans jaunards qui compensaient leur manque de puissance de feu par une ferveur extraordinaire.
De mon côté, comme à mon habitude, je regagnais un point haut pour mieux observer les évènements. La forteresse était immense, et l'on aurait pu y faire entrer plusieurs armées. Les hommes se retrouvèrent finalement au milieu d'une vaste étendue herbeuse, entourée de remparts élevés. La fuite était impossible sans pertes insupportables. L'atmosphère était pour le moins hostile. Les partisans jaunards, en très nette infériorité numérique, étaient aux prises avec leurs homologues anglais. Mais je savais qu'un Auvergnat chauffé à blanc vaut quatre Anglais imbibés de bière. Je savais aussi que nos partisans, ces peuples de la montagne, comptaient parmi les plus rudes et les plus rustiques d'Europe.
Soudain, le bataillon de spahis orientaux de Watford apparut en bon ordre dans mes jumelles. Une cavalerie puissante et mobile à la fois. Spectacle tout aussi effrayant qu'excitant. Comme prévu, le choc serait terrible.
Abandonnant un instant mes binoculaires, je me tournais vers l'opérateur radio et lui hurlais :
- Ouvrez le feu !

4 commentaires:

  1. C'est officiel cette fois, nous avons perdu Vern.

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  2. Messieurs les anglais tirez les premiers ....

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  3. Derrière des textes si bien fagotés, on a du mal à donner son avis. Les scénarios sont dignes d'une BD, d'une très bonne BD. Mais ils pourraient tout autant se déclamer au théâtre. Cher Monsieur que je ne connais pas, vous avez ce je ne sais quoi qui ressemble à du talent...

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